
Tout proche de disputer ses premières qualifications de Grand Chelem, le Français, 254e mondial, décrit son quotidien stressant auprès de RMC Sport. Et salue les prises des paroles des cadors sur la redistribution du prize money.
Vous venez de vous qualifier pour les demi-finales d’un Challenger en République du Congo. Vous êtes 250e mondial au live ranking, premier français hors-cut pour les qualifications de Roland-Garros. Cela vous rapproche grandement d’une invitation…
Oui, j'avais ça en tête depuis un moment. Dommage que je n'ai pas pu atteindre le cut mais après il y a les wild-cards et je sais que chaque victoire compte parce que faire demi-finale en Challenger juste avant Roland c'est bien. Honnêtement, j'ai quand même beaucoup de chance de l'avoir l'invitation. Là, je suis Top 200 à la Race. J'ai des performances sur terre battue. Je suis assez serein. L’an passé, ils en ont donné à des gars qui étaient moins bien classés que moi.
Dans un épisode de Court numéro 1, vous nous aviez parlé des enjeux financiers, de la bouffée d'oxygène que ça représentait, évidemment. Suivez-vous ce qui se passe à Rome avec cette fronde des cadors?
Sur la répartition? Moi, je savais déjà ça parce que j'avais vu une vidéo justement il y a un an à peu près où il y a un mec qui fait une vidéo sur Youtube et il comparait justement tous les sports. Le tennis était le sport où ils redistribuaient le moins l'argent. Donc franchement, le truc, tout le monde en parle. C'est cool qu’au haut niveau, ils essayent de faire bouger les choses, ils parlent de boycotter Roland. Moi, si j'ai une wild-card à Roland, je ne vais pas boycotter ça c'est sûr! Mais ce serait cool que ça bouge et que je ne sais pas si eux ils ont besoin de gagner plus d'argent après s'ils en rapportent peut-être mais que l'argent descende en fait aux mecs un peu moins bien classé ce serait bien.
Lors de la présentation de Roland-Garros, Amélie Mauresmo expliquait qu’ils avaient fait un gros effort sur justement le bas de la pyramide, c'est à dire qu'ils avaient plus augmenté les qualifs notamment...
Une défaite au premier tour des qualifs, ça vaut 24 000 euros, je trouve que c’est pas mal. Mais le problème n’est pas là. C’est plus dans les Challengers et les Futures où c'est catastrophique. Tu perds au premier tour dans un 15 000 $, tu prends 80 euros ! Avec les taxes, parfois, tu peux même ne pas gagner d'argent. C'est catastrophique en vrai.
"Des handballeurs en D3, ils ont un salaire, un appartement payé par le club"
Ça reste, effectivement, insuffisant quand on connaît le coût d’une saison sur le circuit…
Sans participer aux qualifs de Grand Chelem, c'est quasiment impossible d'être en bénéfice même en étant 250e mondial. Sans me lancer des fleurs, être top 300, c'est quand même pas mal… Moi, je connais des handballeurs qui évoluent en 3e division, ils ont un salaire, un appartement payé par le club. Le mec, il vit quoi…
Et il ne se fait pas de nœuds dans la tête…
Absolument. Il n’est pas là en train de calculer exactement : ‘’Est-ce que je vais être en bénéfice ?’’ Dans n'importe quel travail, tu sais que à la fin du mois tu gagnes de l'argent. Tu es joueur de tennis, il y a des mois tu peux perdre si tu as un coach à payer. Ca peut aller vite.
Si vous obtenez la wild-card qualifs, ça assure le budget pour l'année ou pas encore?
Déjà, j'essaie de donner un petit peu d'argent à ma copine qui m'accompagne depuis pas mal de temps et qui se sacrifie un peu pour moi. Mais c’est évident que ça va me faire du bien pour la suite de la saison. J'aurai un peu de sous de côté quoi, c'est la première fois que j'aurai de l'argent sur le compte si j'ai la wild-card qualif. En réalité, je n’ai jamais eu plus de 10 000 € sur mon compte. Je vais vous donner un autre exemple. Si je me qualifie pour la finale à Brazzaville, je serai dans le cut pour les qualifs de Wimbledon. Je vais donc jouer un match à 27.000 euros…