
Le championnat du monde d’endurance débute ce week-end en Italie avec les 6 Heures d’Imola. Avec au départ de la première course de la saison ce dimanche une nouvelle équipe : Genesis Magma Racing, la marque de luxe du constructeur sud-coréen Hyundai, dirigée par Cyril Abiteboul, ancien directeur de Renault F1 Team. Au volant de la voiture n°17, un jeune pilote français, Mathys Jaubert, 21 ans, va prendre son premier départ dimanche en Hypercar. Avec l’objectif de prendre rapidement de l’expérience, et être prêt pour le rendez-vous de la saison, les 24 Heures du Mans le 13 mai prochain.
Mathys Jaubert, dans quel état d’esprit êtes-vous avant d’aborder et d’entamer ce championnat ?
Très excité ! C’est la première manche pour nous, première manche pour l’équipe, tout est nouveau. On est tous "rookies", moi davantage car je n'ai jamais roulé en Hypercar. Mais tout s’est bien passé jusqu’à présent. On a hâte d’entamer la première course.
Genesis Magma Racing est une nouvelle équipe, qu’est-ce que cela implique, le fait que tout soit nouveau pour tout le monde ?
C’est beaucoup de travail, beaucoup d’organisation. Finalement, on n’est pas nouveaux uniquement sur la piste, on est nouveaux aussi sur l’organisation et le travail en équipe. On se découvre tous les uns les autres, même si cela fait maintenant six mois qu’on travaille ensemble. L’atmosphère est globalement très bonne et tout se passe bien. On doit s’améliorer dans tous les aspects du sport automobile.
Qu’attendez-vous de cette première course ?
La première manche, ça va être une découverte pour nous. On va essayer de faire une course sans erreur. L'objectif, ça va être surtout de prendre de l’expérience, des datas, des données, pour être davantage préparé pour les prochaines manches et continuer à développer la voiture le plus possible, surtout pour arriver au Mans (13 mai) le plus prêts possible. Le Mans, ce sera le premier juge de paix de l’équipe, savoir si on va être prêt pour Le Mans. Pour cela, il faut qu’on travaille ce week-end et surtout à Spa (9 mai) et pendant trois semaines.
Quelle est l’ambition de cette nouvelle équipe, par rapport aux grosses écuries déjà installées ? Y a-t-il un objectif à moyen terme, à long terme ?
Les valeurs des Coréens sont souvent des valeurs qui sont très humbles. La première étape, ça va être de finir les premières courses sans pénalité, sans problème. Ensuite, à moyen et long terme, je dirais en fin d’année, c’est d’aller chercher les top 5. Et puis pour les années futures, forcément, c’est d’aller chercher les plus gros constructeurs et se battre pour les victoires.
Est-ce le rêve de vous retrouver là ?
Tout à fait ! Ce n’était pas du tout quelque chose que j’imaginais. Ça a toujours été l’école d’abord et le sport auto ensuite. Et puis, dès que j’ai été sélectionné dans le programme "Trajectoire" fin 2024, cela a été de suite le déclic et l’objectif de rouler en Hypercar. Je ne m’attendais pas à y être en 2026. Maintenant que j’y suis, l’objectif, c’est de rester là le plus longtemps possible.
Si vous deviez décrire au grand public une Hypercar à conduire ?
Je dirais que c’est une voiture qui est technique, performante. C’est à la fois une voiture qui a beaucoup d’aéro, qui marche assez fort, on prend jusqu’à 345 km au max, donc de belles pointes de vitesse. Et ce sont également des voitures qui, en termes de technologie, sont quand même assez élevées avec l’hybridation. Ça rend le championnat assez compliqué pour les nouveaux arrivants comme nous, pour les ingénieurs et également pour les pilotes.
Justement, le pilotage : décrivez les tâches d’un pilote en Hypercar...
On peut modifier la répartition des freins, on peut également modifier la rigidité de la voiture en roulant, c’est-à-dire avec les barres antiroulis avant et arrière. Mais il y a plein d’autres choses également qu’on peut changer : il y a le "traction control", on en a différents. On a essayé de mettre en place des offsets, c’est-à-dire qu’en appuyant sur un bouton, on va régler la voiture différemment d’un virage à un autre. Ça, on essaie de l’anticiper à l’avance. Il y a plein de petites choses qu’on peut faire sur la voiture, comme par exemple le différentiel, comment les roues tournent différemment l’une de l’autre, et également sur la rigidité de la voiture. Cela fait quand même un sacré nombre de paramètres.
C’est une nouveauté pour vous, mais vous êtes accompagné par des coéquipiers d’expérience, André Lotterer et Luis Felipe Derani.
J’ai la chance d’être à côté de deux pilotes très expérimentés. André, qui a gagné trois fois Le Mans, "Pippo", très expérimenté aux États-Unis. Ils m’apportent beaucoup. Je leur pose énormément de questions et j’essaie de progresser le plus possible à leurs côtés. De mon côté, j’essaie également d’apporter un peu ma touche personnelle avec mon humilité, mais j’apprends énormément à leurs côtés. Je les sollicite également beaucoup parce que je pense que c’est important, quand on a la chance d’être à côté de personnes comme ça, de les solliciter le plus possible.
Vous évoquiez les 24 Heures du Mans, est-ce le phare dans la saison, ce que l’on attend le plus ?
Oui, c’est la course la plus importante ! Ça va être également la plus compliquée. Avec l’annulation du Qatar (qui aurait dû ouvrir la saison mais annulé en raison de la situation au Moyen-Orient), ça arrive quand même assez tôt. On a deux courses pour nous préparer. On va essayer d’être prêts le plus possible, mais cela ne va pas être un Le Mans assez facile pour nous. On va faire le plus possible pour performer et déjà arriver à la fin des 24 heures sans problème.
Vous avez déjà roulé au Mans en LMP2 (catégorie en dessous), vous vous attendez à quoi en Hypercar ?
En Hypercar, ce qui est différent de LMP2, c’est qu’on n’a pas de voiture plus rapide que nous. Normalement, on regarde moins dans les rétroviseurs qu’en LMP2, où on devait à la fois gérer les GT3 et les Hypercars. Mais finalement, Le Mans, ce qui est compliqué, ce n’est pas forcément la course, c’est la semaine entière. On est là-bas dix ou quinze jours à l’avance. Il faut gérer la fatigue, les médias et toutes les personnes qui font cet événement. Donc finalement, en Hypercar, en LMP2 ou en GT3, Le Mans, cela reste quelque chose de spécial et cela reste Le Mans.