Préoccupé par l’évolution du tennis professionnel, Novak Djokovic pointe du doigt l’accumulation des tournois et l’allongement des formats. Pour lui, le système actuel doit être repensé avant d’atteindre un point critique. 3 min de lecture
Après un match difficile face à Wu Yibing à Wimbledon, Novak Djokovic a profité de son passage devant les médias pour dresser un constat préoccupant sur l’évolution du tennis professionnel.
« Les statistiques montrent qu’il y a de plus en plus de blessures, et je pense que nous devons analyser cette situation sous deux angles. Le premier concerne clairement l’aspect commercial, qui prend aujourd’hui une place dominante dans notre sport.
On cherche constamment à augmenter la valeur économique du tennis en créant des tournois plus longs, en allongeant leur durée et en ajoutant de nouveaux événements à un calendrier qui est déjà extrêmement chargé.
J’ai la chance de pouvoir choisir les tournois auxquels je participe, donc je suis moins exposé que beaucoup d’autres joueurs à cette pression permanente.
Mais je comprends parfaitement les critiques de Carlos Alcaraz et de nombreux autres joueurs lorsqu’ils expliquent qu’ils passent trop de temps loin de chez eux. Pour être honnête, je n’aime pas cela non plus.
Je pense que le tennis a besoin d’une véritable remise à plat. Le fonctionnement actuel des circuits n’est pas satisfaisant. Il se passe beaucoup de choses en coulisses, il y a trop de tensions entre les différentes instances qui dirigent notre sport et pas assez d’unité.
Les Grands Chelems resteront toujours les grands piliers du tennis, mais les circuits doivent revoir leur calendrier, leurs formats de compétition et certaines règles actuelles.
Nous devons réunir toutes les parties prenantes autour d’une même table et réfléchir ensemble à ce qui est réellement le mieux pour l’avenir de notre sport. »
Les Masters 1000 au cœur des critiques
Parmi les évolutions qui irritent particulièrement Djokovic figure l’extension du format de certains Masters 1000.
« J’ai toujours été opposé à ce format. D’un point de vue commercial, il est vrai qu’il permet de générer davantage de revenus, mais la vraie question est la suivante : des revenus pour qui ? En grande partie pour les propriétaires des tournois.
J’ai essayé à plusieurs reprises d’expliquer aux joueurs qu’ils devaient bien comprendre les enjeux de cet accord sur trente ans, car les bénéfices qu’ils en retirent ne sont pas aussi importants qu’ils peuvent l’imaginer.
Ces quelques jours supplémentaires rapportent beaucoup plus d’argent aux tournois qu’aux joueurs eux-mêmes.
Les joueurs ne bénéficient des revenus liés aux infrastructures que pendant les deux semaines où le tournoi se déroule. Les cinquante autres semaines de l’année, l’ensemble de ces revenus revient directement aux propriétaires des installations. »
Adapter le tennis aux nouvelles générations
Djokovic estime également que le tennis doit évoluer dans sa manière de séduire les jeunes spectateurs.
« Je défendrai toujours la tradition et l’histoire de ce sport, mais nous devons aussi réfléchir à la manière de rendre le tennis plus attractif pour les jeunes générations.
Les jeunes peuvent évidemment regarder les tournois du Grand Chelem, mais ils ne vont pas forcément passer quatre ou cinq heures chaque jour devant un match.
Les habitudes de consommation du sport ont évolué, la capacité d’attention a changé, et nous devons comprendre cette nouvelle réalité.
À mon avis, les tournois du circuit doivent expérimenter des formats plus dynamiques, des matches plus courts et des propositions davantage adaptées aux attentes des spectateurs.
Les Grands Chelems sont un cas à part, mais en dehors de ces quatre grands rendez-vous, nous devons avoir le courage d’innover. »
Djokovic revient sur la PTPA
Le Serbe a également été interrogé sur l’avenir de la PTPA, l’organisation créée pour défendre davantage les intérêts des joueurs.
« La PTPA est née avec la volonté de représenter l’ensemble des joueurs, notamment ceux qui n’ont jamais vraiment eu l’occasion de faire entendre leur voix.
J’ai toujours expliqué que la structure actuelle de l’ATP crée une forme de conflit permanent, car les intérêts des joueurs et ceux des tournois ne sont pas toujours les mêmes.
Je n’exclus pas un retour un jour, car je reste convaincu qu’une organisation de ce type est nécessaire. Elle doit pouvoir exister aux côtés des autres instances qui dirigent le tennis et contribuer aux discussions sur l’avenir de notre sport. »