
Ce dimanche, le bilan de fin de tournoi de Roland-Garros 2026 a été dressé par Amélie Mauresmo et Gilles Moretton ont été interrogés sur plusieurs dossiers sensibles de la quinzaine : la chaleur, les sessions de nuit, le dialogue avec les joueurs, le prize money et l’utilisation des toits. La directrice du tournoi et le président de la Fédération Française de Tennis ont défendu une édition réussie, tout en ouvrant la porte à certaines évolutions pour les prochaines années. Avant les questions, Amélie Mauresmo avait dressé un bilan très positif, marqué par un nouveau record d’affluence avec plus de 727 500 spectateurs, 138 000 personnes pendant l’Opening Week, plus de 600 000 euros récoltés pour les associations et plus de 31 matchs en cinq sets. Gilles Moretton avait, lui, insisté sur le rôle de Roland-Garros comme moteur de développement du tennis en France et dans le monde.
Vidéo - Amélie Mauresmo a évoqué les sujets chauds à Roland-Garros
"Un joueur de tennis est joueur de tennis. Il n'a malheureusement pas toutes les informations"
Une sur la chaleur, dont on a beaucoup parlé pendant la première semaine : serez-vous ouverts à l’idée de publier chaque jour les données de l'indicateur que vous utilisez pour savoir si on accorde ces 10 minutes de pause ? L'Open d'Australie publie son indicateur de stress thermique à cinq niveaux. Vous avez votre séminaire fin juin. C'est dans les cartons ?
Amélie MAURESMO.- Ça peut effectivement être envisagé si on se retrouve avec ces conditions. On en parlera. Ça bouge chaque minute. Il faut que vous sachiez qu’on a un nouvel indicateur chaque minute. Rémy, le juge-arbitre du tournoi, l'a en live sur son ordinateur. Oui, pourquoi pas, ça peut être quelque chose que l'on présenterait.
Juste pour information : on ne s'est jamais réellement approchés des 30,1°, qui serait le premier palier à atteindre pour accorder les 10 minutes de pause, et encore plus loin du 32,2°, je crois, qui, là, stoppe les matchs sur tous les terrains annexes et nous « autorise » à couvrir les terrains avec toit. Oui, pourquoi pas, ça peut être effectivement une option.
Gilles disait tout à l’heure qu’il aimerait que les joueurs prennent conscience que Roland-Garros est un moteur au service du développement du tennis. Avez-vous l’impression qu’après la réunion que vous avez eue avant le tournoi, ils n'en ont pas encore suffisamment conscience ? Quel était l'état d'esprit des joueurs à la fin de cette réunion ? Quel a été l’état d’esprit des joueurs à la fin de cette réunion ?
Gilles MORETTON.- On pense qu’on a besoin de beaucoup dialoguer. On n'est pas dans une logique économique de certains tournois où on a vu des tournois se vendre, des actionnaires récupérer de l'argent. Nous, aujourd'hui, on réinvestit dans le tennis dans le monde. Un joueur de tennis est joueur de tennis. Il n'a malheureusement pas toutes les informations, il est bien que l'on puisse avoir ce type de relation et de dialogue ; donc on l'a. On est conscients du rôle des fédérations. Tout à l'heure, je parlais des enjeux, mais oui, des enjeux mondiaux pour la santé, pour le sport en général, pour la pratique du sport. Je crois que c'est aussi prendre conscience de ce que sont les fédérations et ce qu'elles font. Et nous (et ce n'est pas d'aujourd'hui), on a l'ambition d'aider et d'accompagner le tennis dans le monde, chez les jeunes, auprès des juniors, parce qu'on le fait dans le territoire et on a envie de le faire savoir également. On le fait encore plus savoir quand un Fonseca arrive, ou Miguel demain, ou d'autres encore qui vont venir d’Asie ou d'Afrique. Ce dossier est dans les tuyaux, en préparation. On serait ravis d'avoir des Juniors Series en Afrique pour donner l'opportunité à des jeunes. Ce n'est pas que l'opportunité, c'est à la fois leur montrer que par cet intermédiaire, ils peuvent remonter jusqu'à un tournoi du Grand Chelem. Après, on crée des vocations et c'est important, et il est important que les joueurs le sachent. Ce n'est peut-être pas aujourd'hui le cas. Notre position commune (Amélie et des anciens joueurs et joueuses) nous fait être très proches d'eux dans les échanges, et c'est ce que l'on souhaite à l'avenir.
La première concerne les matchs en soirée. Sur la première semaine, si je ne me trompe pas, beaucoup de matchs se sont terminés très tard sur France Télévisions. Est-ce que cela ne va pas venir affaiblir un peu votre lot de la session de nuit, chez un autre diffuseur, Amazon ?
Ma deuxième concerne l’Opening Week, qui est un beau produit, avec beaucoup de monde. Mais j'ai l'impression que tout n'est pas ouvert. J'ai eu des retours de gens qui trouvaient dommage que le food-truck n’était pas ouvert. Il y a beaucoup de monde : ne faudrait-il pas passer à une organisation supérieure pour cette semaine-là ?
Amélie MAURESMO.- On se reposera les questions. Clairement, il y a beaucoup de succès sur cette Opening Week. Oui, c'est vrai, la totalité du stade n'est pas ouverte. On a ouvert à 90 %. À voir si on ira jusqu'aux 100 % ou pas. Encore une fois, on va récupérer toutes les informations et se poser ces questions lors de notre débrief post-tournoi. Cela peut être une option.
Quant à la programmation, le Lenglen a souvent terminé, voire d'autres courts, plus tard. Au contraire, il y en a pour tout le monde. De mon point de vue, cela renforce nos deux diffuseurs sur notre territoire d'une façon ou d'une autre. Ce n'est pas forcément les mêmes téléspectateurs non plus. Donc ça diversifie l'offre. Je trouve que c’est plutôt positif.
"On souhaite avancer avec le dialogue que l'on a déjà et qui est bon avec les joueurs"
Je reviens sur la première question de mon confrère. Ce tournoi avait commencé avec des menaces plus ou moins sérieuses. En tout cas, le mot boycott a été prononcé. Vous avez rencontré les joueurs…
Amélie MAURESMO.- C'était dans une autre vie, j’ai l’impression !
Ça fait très très loin maintenant. Malgré tout, quel est votre sentiment à la fin de ce tournoi ? Peut-on se retrouver dans un an moins trois semaines avec à nouveau des joueurs qui brandiraient ce genre de menace ou est-ce que le fameux 15 %, 22 % risquent de bouger en un an ?
Amélie MAURESMO.- Je ne suis pas inquiète de ce point de vue parce que, Gilles en a parlé, la communication est là. Certes, on n'a pas eu le temps de… Stéphane un peu, il a essayé et on a essayé d'avancer mais on avancera plus après le tournoi sur le contenu réel de ce qui sera discuté avec les joueurs et/ou leurs représentants. Je crois qu'on est dans cette dynamique.
Je pense que ce chiffre, ce n'est pas sur celui-là qu'il faut se baser, mais on aura cette discussion avec les joueurs. Je pense surtout que chacun ‑c'est ce que j'ai dit il y a trois semaines‑ devra faire un pas vers l'autre, comprendre les modèles des uns et des autres, et aussi évoluer et faire évoluer les mentalités. Il faudra un peu de bonne volonté de la part de tout le monde. De ce point de vue, je suis une éternelle optimiste. Les Grands Chelems et les joueurs, Roland-Garros et les joueurs, c'est un partenariat qui donne du plaisir, de l'émotion à tout le monde. On va arriver à faire en sorte que tout le monde soit heureux.
Gilles MORETTON.- Je vais compléter et aller dans le même sens qu'Amélie pour dire, et on ne parle qu'au nom de Roland-Garros, que les choses soient claires, qu’on a une véritable détermination à améliorer le futur du tennis, à prendre en considération les joueurs, les écouter, discuter, partager, pas être forcément toujours d'accord. Je pense qu'on est dans une logique de win-win avec les joueurs, avec l'environnement, on va dire ça aussi. Donc pas inquiet non plus par rapport à la question et l'année prochaine, à plein d'événements qui pourraient se passer. Nous, en tout cas, sur le tournoi et sur Roland-Garros, on a cette volonté d'écoute. On a ouvert des portes, on a des tas de choses. On a un modèle qui est particulier.
Je reviens sur ce que je vous ai dit en préambule. Notre modèle n'est pas celui d'autres tournois. On a cette particularité. Chaque Grand Chelem a sa spécificité. On a la nôtre. On souhaite avancer avec le dialogue que l'on a déjà et qui est bon avec les joueurs. Maintenant, il faut le temps. Ça fait longtemps qu'on parle de ça. Il faut nous laisser un peu de temps.
"Il ne faut pas oublier, on a augmenté quasi de 10 % le prize money"
Si je peux rebondir sur le sujet. Le tennis, c’est quand même un sport individuel, certains diraient individualiste. Comment comptez-vous convaincre des joueurs comme Pegula qui est déjà bien établie sur le circuit, Coco Gauff, que l'argent qu'ils estiment avoir mérité de par leurs résultats est redistribué à des jeunes qui peut-être, un jour, pourront jouer à Roland-Garros. N’est-ce pas utopique de parier sur l’altruisme des joueurs dans un sport individuel ?
Amélie MAURESMO.- Il n'y a pas que ça !
Gilles MORETTON.- On peut parler de l'argent aux premiers tours dans les qualifs, aux premiers tours du tournoi. On peut parler de plein de choses, il n'y a pas que ça. Il ne faut pas non plus imaginer que…. Le dialogue existe. Il y a des choses que l’on peut entendre. Il y a aussi une grande satisfaction des joueurs qui sont ici. Certains peuvent avoir d'autres envies. Voilà, dès lors que l'on a établi ce contact avec les joueurs…
La diversité, vous l'avez dit, c'est vrai, c'est un sport individuel, il y a beaucoup d'acteurs en face de nous, différents. Il faut qu'on puisse parler à tout le monde et il faut que tout le monde puisse s'entendre. On a cette volonté. On ne pourra pas nous taxer de ne pas ouvrir les portes et discuter.
Amélie MAURESMO.- Pour rebondir aussi, il ne faut pas oublier, on a augmenté quasi de 10 % le prize money. Donc ce n'est pas juste en expliquant le modèle fédéral que les choses ont avancé. Les avancées seront à tous les points de vue. Il faut de l'ouverture des deux côtés, je pense aussi. C'est vrai qu'il y a beaucoup de joueurs et de joueuses qui sont très satisfaits de ce qui se passe. Les chiffres, vous les connaissez, il suffit de les donner. Les tournois du Grand Chelem associés, c'est environ 50 % du prize money d'un joueur dans le Top 100 environ tout au long de l'année sur seulement huit semaines pour ceux qui vont au bout, sauf s'ils sortent des qualifs comme Chwalinska sur ce Roland-Garros. Beaucoup de choses sont réelles, mais on en parlera plutôt avec eux et on va avancer comme ça.
"Notre volonté n’est pas d'avoir deux matchs en session de soirée"
Sur la programmation des matchs, serait-il envisageable de placer deux affiches sur le Chatrier de façon à satisfaire l’exigence de temps potentiel de spectacle pour les spectateurs ?
Amélie MAURESMO.- À ce jour, contractuellement, non, mais notre volonté n’est pas non plus d'avoir deux matchs en session de soirée. Parce que le tennis reste un sport incertain en termes de temps, justement. Après beaucoup de discussions en interne, l'idée ne serait pas d'avoir ces potentiels cinq matchs, parce que là, on irait sur des horaires qui pourraient aller très, très loin en termes soirée, de récupération pour les joueurs et les joueuses, mais aussi pour le grand public. Une joueuse qui commencerait son match à 23 heures, ce n'est pas satisfaisant non plus. On essaie avec tout ça de gérer au mieux.
Une question sur l'utilisation du toit. J'ai compris que l'année dernière, elle a été très précautionneuse (on l'utilisait le moins possible). Quelle est la règle ? À des moments, on fermait le toit alors qu’il ne pleuvait pas encore parce que, peut-être, il allait pleuvoir et finalement il ne pleuvait pas vraiment ; donc, des matchs se sont joués sous le toit sans pluie. Des matchs se sont joués sous le toit avec un grand soleil qui projetait de la lumière sur le court. En fait, il n'y a pas vraiment de règle ?
Amélie MAURESMO.- Si.
Comment ça fonctionne ? Parce que je vois un match sous le toit alors qu’il ne pleut pas, c’est difficile à comprendre.
Amélie MAURESMO.- Le seul match où on a fermé et où, effectivement, il n'a pas plu, c’était, je pense, Felix.
Une fois que le toit est fermé, le soleil peut réapparaître, il reste fermé. C'est une règle. En revanche, on a un temps de fermeture du toit d'environ 12 minutes. On essaie d'anticiper au maximum les choses, l'idée étant de ne pas interrompre le jeu. Les joueurs et joueuses, globalement, sont d'accord avec le fait de continuer le jeu alors que le toit est en train de se fermer. L'idée est de ne pas avoir d'interruption de jeu pour les joueurs et pour les gens qui regardent. On est donc obligé d'anticiper d'une certaine façon. Les prévisions météo, quand elles disent que ça va tomber dans 10 minutes, on prend la décision ; Rémy, en l'occurrence, prend la décision de fermer le toit. Il s'est trouvé qu'une fois, il n'a pas plu. Ce n'est pas une science exacte a priori. Voilà pourquoi on ferme. C'est arrivé une ou deux fois a contrario qu'effectivement, ça tombe bien dans la foulée. On prend les décisions avec les données que l'on a, à l'instant T.