
Il ne manquait plus que cela. Dans ce Roland Garros aux multiples rebondissements, voilà un scénario que l'on n'avait pas vu venir. Attendu sur le court Philippe-Chatrier pour la seconde demi-finale du tableau masculin, l'Italien Matteo Arnaldi a déclaré forfait, en dernière minute. La déception est immense dans les allées de la Porte d'Auteuil. Reportage auprès de fans déboussolés.
Le choc dans les allées de Roland Garros. Alors que les passionnés de tennis se pressaient au pied du court Philippe Chatrier, emballés à l'idée d'assister au duel 100 % italien entre Flavio Cobolli et Matteo Arnaldi, la nouvelle a mis un coup d'arrêt à ce joyeux tumulte. Et c'est le speaker Marc Maury qui s'en est fait le porte-voix. Le 104e joueur mondial Arnaldi, déclare forfait, touché par un virus, et ne se présentera pas pour disputer sa demi-finale. Pour de nombreux spectateurs, venus uniquement pour cette rencontre, le rêve a tourné au fiasco.
"J'ai demandé si c'était un prank"
Pour Paul, venu de l'Essonne (91), la pilule est particulièrement amère à avaler. Initialement privé de son idole Jannik Sinner, il comptait sur ce match pour vibrer. Il repart finalement sans avoir vu le moindre échange: "Je suis très, très déçu. De base, je voulais voir Sinner. Là, je ne vois rien du tout. C'est la déception totale, de se déplacer jusqu'ici pour ça", peste le jeune homme, accompagné de sa conjointe. "Je crois que c'était le signe. S'il n'y avait pas Sinner, il fallait que je ne voie personne, il ne fallait pas que je vienne. Je saurai pour les prochaines années: s'il n'y a pas Sinner, je revendrai ma place."
Désabusé, Paul a même cru à un canular de mauvais goût. "J'ai demandé si c'était un prank. Peut-être qu'il y avait de l'humour cette année pour libérer des places, je ne sais pas..." La sentence est sans appel: il quitte le tournoi prématurément. "Je ne regarderai même pas la finale. Je ne veux plus entendre parler de Roland-Garros! Je vais rentrer chez moi plus tôt que prévu et dormir."
"Ça fait 43 ans qu'il n'est pas venu!"
Un peu plus loin dans les allées, Martin est abattu. Assister à la demi-finale était un rendez-vous immanquable, prévu de longue date, pour lui et son grand-père. Ce pèlerinage n'aura finalement pas lieu: "On est dégoûtés. J'avais pris des places avec mon grand-père, c'était la seule fois où on venait à Roland et on est meurtris. Ça fait 43 ans qu'il n'est pas venu! La dernière fois, c'était pour la finale de Yannick Noah en 1983. Grosse émotion là, on ne sait pas trop comment gérer", confie l'adolescent.
Les yeux embués, le grand père de Martin n'a même pas de mots: "Triste", résume-t-il. A la déception s'ajoute la colère pour cette famille: "On est arrivés il y a 30 minutes juste pour ça, et on repart déjà. Et on a payé les places beaucoup plus cher que le prix de vente."
"On a roulé 4 heures depuis Anvers pour voir la demi-finale"
À la détresse des Français s'ajoutent celle des étrangers, venus de loin pour ne pas manquer le dernier carré des Internationaux de France. Glenn, incrédule, a les yeux rivés vers les panneaux d'affichage qui relaient l'information du forfait. "Oh mon Dieu, je viens tout droit de Singapour pour les demi-finales... C'est à plus de 15 000 kilomètres d'ici!" Sa seule consolation? Il a pu d'assister à la première demi-finale remportée par l'Allemand Alexander Zverev, quelques heures plus tôt.
Yoren lui, n'a pas eu cette chance. "Il est forfait? Non c'est un drôle, c'est une blague!" Le Belge apprend la mauvaise nouvelle à notre micro et ne veut pas y croire. "On a roulé 4 heures depuis Anvers pour voir la demi-finale. C'est pas une blague? Purée!" Pour lui comme pour les autres supporters, il est aux alentours de 19h et la soirée est déjà finie.
"Il aurait pu au moins faire le début du match..."
Chez les plus jeunes, la tristesse se mêle à l'incompréhension. Zoé regrette le choix d'Arnaldi de ne pas se présenter: "C'est très décevant parce qu'on est tous venus pour le voir, mais au final on ne le voit pas. Je pense qu'il aurait pu au moins faire le début du match..."
Dimanche, la grande finale de ce Roland-Garros 2026 opposera donc Alexander Zverev à l'Italien Flavio Cobolli. Entre les deux joueurs, Zoé a déjà sa préférence: "Zverev c'est le troisième mondial, je l'ai vu jouer tout à l'heure, il va l'exploser."
Pour évacuer la frustration, certains tentent déjà de sauver leur week-end. Noé et ses proches se sont immédiatement rués sur leurs téléphones: "On est dégoûtés, mais on va essayer d'avoir des places pour la finale dame sur la bourse d'échange officielle." Pour dédommager les supporters orphelins du match, l'entraînement de Flavio Cobolli a été ouvert au public, sur le court Philippe-Chatrier. Pas sûr que cela suffise à consoler les milliers de spectateurs déçus.