Un autre Rafa est prêt à régner Porte d’Auteuil. Du haut de ses 19 ans, le Madrilène Rafael Jodar, dernier espoir espagnol encore engagé dans le tableau du simple messieurs de ces Internationaux de France, a rejoint les quarts de finale. Ce mardi, il a rendez-vous avec l’Allemand Alexander Zverev.
Inconnu du grand public il y a un an, le Madrilène de 19 ans Rafael Jodar s’est hissé ce dimanche, pour la première fois de sa carrière, en quart de finale d’un Grand Chelem après avoir remonté un retard de deux sets à zéro face à son compatriote Pablo Carreño Busta.
Un parcours semé d’embûches
Dans un Roland-Garros 2026 orphelin de ses deux grandes stars, Jannik Sinner et Carlos Alcaraz, respectivement éliminé et forfait pour ces Internationaux de France, le jeune Rafa Jodar, natif de Madrid, du haut de ses 1,91m et de ses 19 ans, porte désormais tous les espoirs d’un pays. Même si son parcours pour atteindre son premier quart de finale en Grand Chelem n’a pas été de tout repos. Après avoir balayé en 1h36 l’Américain Aleksandar Kovacevic (6-1, 6-0, 6-4), la fusée Rafa Jodar a montré quelques lacunes sur le plan physique au deuxième tour face à l’Australien Jack Duckworth, pas vraiment spécialiste de la surface, qu’il a éliminé en quatre sets (6-1, 6-7, 6-4, 7-5). Mais c’est au troisième tour, face à Alex Michelsen, que le Madrilène a bien failli prendre la porte (6-7, 7-6, 6-4, 3-6, 3-6). Avant, une nouvelle fois, de se sortir du piège tendu par Pablo Carreño Busta en cinq sets. Pourtant mené deux manches à zéro sur le court Suzanne-Lenglen, Rafa s’en est encore sorti en remportant les troisième, quatrième et cinquième sets (4-6, 4-6, 6-1, 6-2, 6-2).
707e mondial lors l'édition 2025
Mais si Rafa Jodar est le dernier espoir espagnol de ce Roland-Garros, il en était bien loin l’année dernière à la même époque. Alors classé 707e mondial, il avait été défait le 4 juin au deuxième tour du Challenger 75 de Tyler, face à l’Américain Andres Martin (5-7, 6-2, 5-7). En l’espace d’un an, l’ascension de Rafa Jodar a tout de celle d’une fusée. Formé à Madrid par son père, devenu son entraîneur et seul dans son box, Jodar a pourtant appris à devenir grand loin de l’Espagne: à l’automne 2024, il rejoint l’université de Virginie, où il est élu meilleur freshman (meilleur première année) du tennis universitaire américain. Il termine 2e meilleur joueur de NCAA I et bénéficie de l’Accelerator program, qui lui permet d’obtenir huit wild cards pour disputer des Challengers.

Il en profite pour en remporter trois, à Charlottesville, Hersonissos et Lincoln. Une saison qu’il conclut par une qualification aux Next Gen Finals de Djeddah, le Masters des moins de 20 ans. Alors 168e mondial en décembre 2025, il y bat son ami d’enfance Martín Landaluce et l’Américain Learner Tien, futur vainqueur de l’épreuve. Le tout sous les yeux de son idole, Rafael Nadal. Une petite semaine plus tard, fin décembre 2025, Jodar annonce renoncer à l’université pour passer professionnel.
La suite lui donne raison. Après un deuxième tour à l’Open d’Australie pour son premier Grand Chelem, sorti des qualifications, c’est sur la terre ocre qu’il fait tout basculer. Premier titre sur le circuit principal à Marrakech (ATP 250) début avril, demi-finale à l’ATP 500 de Barcelone (battu par Arthur Fils), puis deux quarts de finale en Masters 1000: à Madrid, où il tient tête à Jannik Sinner plus de deux heures (6-2, 7-6), et à Rome, où il devient le premier adolescent à atteindre ce stade depuis un certain Novak Djokovic, en 2007. À l’issue de la tournée sur ocre, où il n’a perdu que trois matchs, il fait son entrée dans le top 30 et décroche un statut de tête de série (27) à Roland-Garros, qui lui offre deux premiers tours plus faciles.
Grand fan de Rafael Nadal puis d’Alcaraz
Un tennis tourné vers l’avant, une prise de balle tôt, un joueur capable d’envoyer des missiles côté coup droit comme côté revers, et des qualités de déplacement hors norme sur dur et sur terre. Le tout porté par une qualité de retour redoutable, une longueur de balle impressionnante, un service en nette progression et un sang-froid de vétéran qui détonne à 19 ans. Un joueur ultra complet, capable de créer la surprise à chaque frappe de balle, un joueur "next gen" qui a tout pour déstabiliser ce mardi un Alexander Zverev qui se balade sans difficulté dans ces Internationaux de France, n’ayant laissé qu’un petit set en route, face au Français Quentin Halys, lors de son épopée parisienne.
Et pour cause, Rafael Jodar a grandi et a pris exemple sur deux monstres de la surface: "Quand j’étais plus jeune, mon modèle, c’était Rafael Nadal. Puis, ces dernières années avant de passer professionnel, je dirais sans doute Carlos Alcaraz", avait alors déclaré Jodar après sa victoire contre Michelsen au 3e tour.
Une admiration respective, puisque Carlos Alcaraz suit le joueur depuis longtemps: "Pour moi, Rafa est un grand joueur, pour être honnête. Je l’ai suivi et je pense qu’il est entré dans le circuit très rapidement. J’ai déjà vu ce dont il était capable quand il était sparring pour la Coupe Davis. Ensuite, en Australie cette année, j’ai pu jouer un set d’entraînement avec lui, ce qui m’a permis de voir son niveau de jeu. De l’Australie jusqu’à maintenant, ce qu’il a accompli est impressionnant", avait déclaré le numéro 2 mondial au moment de l’ATP 500 de Barcelone.
Le plus dur reste à venir pour Rafa Jodar
Situé dans la partie basse du tableau, qui ressemble plus à un tournoi next gen des futures stars de demain qu’à un tableau de Grand Chelem, Rafael Jodar pourrait, en cas de victoire face à Alexander Zverev, tête de série numéro 2 du tournoi et déjà affiché comme favori sur le papier, retrouver dans le dernier carré la pépite brésilienne Joao Fonseca, qu’il a battu en 32e de finale au Masters 1000 de Madrid, ou Jakub Mensik, qui avait mis fin à son épopée australienne au 2e tour de l’Open d’Australie. En cas de qualification en finale, Jodar se frotterait à la partie haute du tableau.
Le plus dur reste donc à venir pour Jodar, toujours en quête d’une victoire de référence face à un top 10. Mais dans un Roland-Garros où les cartes sont rebattues, Rafa Jodar peut avoir sa chance. Face à un Alexander Zverev qui n’a jamais gagné de Grand Chelem et qui voit enfin, en l’absence d’Alcaraz, Sinner et Djokovic, une opportunité de soulever un trophée Porte d’Auteuil, le Madrilène peut compter sur sa créativité pour déstabiliser l’Allemand. Pronostiqué par les bookmakers comme le 4e favori de ces Internationaux de France, derrière Zverev, Fonseca et Cobolli, une chose est sûre: les "vamos Rafa" sont prêts à résonner quelques années Porte d’Auteuil.