
La WTA a pris la parole après les critiques et préoccupations exprimées notamment par Coco Gauff et Iga Swiatek sur l'omniprésence de caméras à l'Open d'Australie. L'instance qui régit le circuit de tennis féminin s'est rangée du côté de ses joueuses tandis que le directeur du Grand Chelem australien, Craig Tiley, a lui aussi réagi sur la polémique qui enfle.
Alors que le premier tournoi du Grand Chelem de la saison se rapproche de son épilogue, une polémique plutôt inattendue agite les travées de l'Open d'Australie: l'omniprésence des caméras. Installées à plusieurs endroits du stade inaccessibles au grand public, tels que certains couloirs ou salles, elles permettent aux fans de s'immerger au-delà du court et des matchs, et d'apercevoir quelques moments en coulisses.
Sauf que mardi, l'une des caméras placées dans un couloir de la Rod Laver Arena a capté le craquage de Coco Gauff, qui a fracassé sa raquette après sa défaite en quart de finale contre Elina Svitolina (6-1, 6-2). Un pétage de plomb que l'Américaine voulait à l'abri des regards... et qui s'est retrouvé sur les réseaux sociaux, visionné des centaines de milliers de fois.
"Ils n'ont pas besoin de diffuser ça"
"J'ai un problème avec le flux. Je pense que certains moments... La même chose est arrivée à Aryna (Sabalenka) après notre finale à l'US Open. Je trouve qu'ils n'ont pas besoin de diffuser ça", a ensuite déclaré la numéro trois mondiale, remontée, en conférence de presse.
Egalement battue à ce stade de la compétition le lendemain, Iga Swiatek est elle aussi montée au créneau. "La question est: sommes-nous des joueurs de tennis ou sommes-nous plutôt comme des animaux dans un zoo que l'on observe même quand ils font caca?", a dénoncé la Polonaise.
"Bon, c'était évidemment exagéré, mais ce serait bien d'avoir un peu d'intimité. Ce serait bien aussi, je ne sais pas, d'avoir son propre processus et de ne pas être toujours observé."
"Une demande légitime et humaine"
Face à cette grogne qui monte, le circuit féminin a pris la parole dans un communiqué, dans la nuit de mercredi à samedi. "La WTA soutient ses joueuses et prend au sérieux leurs préoccupations concernant l'intimité et la présence de caméras à l'Open d'Australie. Les joueuses méritent d'avoir des espaces en dehors de la compétition où elles peuvent récupérer en privé", peut-on lire.
Ces "récentes inquiétudes" sont "tout à fait justifiées", abonde Valérie Camillo, la nouvelle présidente de la WTA, dans des propos rapportés dans le communiqué. "Il s’agit d’une demande légitime et humaine: les athlètes ont besoin d’espaces où elles peuvent se ressourcer sans se sentir constamment sous le regard des autres. Leur offrir cet espace fait partie de notre responsabilité en tant que sport. La WTA s’engage à écouter ses joueuses et à agir sur des préoccupations comme celle-ci."
L'instance, qui rappelle par ailleurs avoir "déjà pris des mesures sur les tournois WTA pour réduire la présence de caméras dans les endroits en dehors du court", invite les "organisateurs de tournois et les diffuseurs" à "revoir" ce problème pour "s'assurer que les limites appropriées sont en place".
"Nous assurer que les joueurs se sentent à l’aise"
Invité sur Tennis Channel, le directeur de l'Open d'Australie s'est lui aussi exprimé sur la question. "Nous avons beaucoup d'espaces en coulisses, par exemple une salle des entraîneurs où joueurs et entraîneurs peuvent interagir, sans caméras. Les vestiaires, les salles d’entraînement, les salles de récupération, l’espace beauté, la salle de repos… Il y a beaucoup d’endroits sur le site réservés aux joueurs, sans caméras. Dans les couloirs d'accès à ces zones privées et pour capter l'arrivée des joueurs sur les courts, il y a bien sûr des caméras. ", a avancé Craig Tiley jeudi, tout en se montrant ouvert à la discussion.
"Notre première priorité est d’écouter les joueurs. Nous voulons vraiment comprendre leurs besoins et leurs souhaits, c’est donc la première question que nous leur poserons. Nous les avons entendus et nous apporterons les ajustements nécessaires. Nous continuerons à évaluer la situation et à nous assurer que les joueurs se sentent à l’aise avec ce dispositif", a-t-il assuré.
"Mais en même temps, nous souhaitons également renforcer le lien entre les fans et les joueurs, car nous sommes convaincus que nous pouvons contribuer à valoriser les joueurs et à renforcer l’affection que leur portent les fans. Mais il s’agit d’un équilibre délicat que nous devons maintenir."
Après sa qualification miraculeuse en demi-finales, Novak Djokovic s'était lui aussi rangé du côté de ses pairs, dénonçant la présence de plus en plus importante et intrusive des caméras au fil des années. "Il a fallu s'habituer à avoir un œil constamment braqué sur soi, un œil qu'on n'entend pas et qu'on oublie parfois, et c'est effrayan. Parce que parfois, on a envie de se détendre, d'être soi-même, d'une façon qu'on ne veut pas montrer au public", avait déclaré le Serbe mercredi.